Pourquoi certains cépages ont-ils survécu quand d'autres ont disparu ? La réponse se trouve à la croisée des influences : évolution du climat, maladies, exigences de rendement, goûts du marché, facilités culturales, histoire des greffes après la crise du phylloxéra du XIX siècle.
Les cépages rares de Champagne sont des lignées anciennes, adaptées à d’autres époques et souvent plus capricieuses. Portraits sensibles.
Arbane, la discrète au cœur du pays d’Aube
Originaire sans doute de la région de Bar-sur-Aube, l’Arbane a été mentionnée dès le XVIII siècle. Cépage blanc et tardif, elle réclame du temps et du soleil pour mûrir — ce qui, dans une Champagne encore fraîche, la condamnait à la marginalité, avec des maturités difficiles à obtenir.
Son style ? Des arômes vifs, herbacés et floraux, parfois citronnés, et une acidité sans concession. Riche en histoire, l’Arbane occupe à peine 0,36 hectare en Champagne (recensement du Comité Champagne 2022), soit moins que la taille d’un simple clos.
- Vignerons qui en travaillent : A. Margaine (Villers-Marmery), Drappier (Urville), Olivier Horiot (Les Riceys), Laherte Frères (Chavot).
Curiosité : certains millésimes de Drappier signent une cuvée “Quattuor”, mariage de quatre blancs où l’Arbane tient sa place, rendant hommage à l’ancienne diversité.
Petit Meslier, le feu follet acidulé
François Bonal, historien de la viticulture, l’appelait “le grand oublié” (source : Bonal, “Champagne”, Éditions Fernand Nathan, 1973). Le Petit Meslier, autre blanc tardif, brille par sa résistance au froid et son acidité tranchante : un atout rare alors que le réchauffement climatique rend ses maturités plus faciles à atteindre.
- Aujourd’hui, les surfaces de Petit Meslier sont estimées à moins de 22 hectares (d’après les chiffres 2022 du Comité Champagne).
- Anecdote : Le vigneron Benoît Lahaye, à Bouzy, consacre quelque 0,3 ha à ce cépage exigeant.
Son profil gustatif peine à se fondre en assemblage, d’où sa rareté : acidulés, notes d’agrumes, pointe parfois exotique, vivacité revigorante.
Pinot Blanc (dit “Blanc Vrai”) : la souplesse harmonieuse
Le “Blanc Vrai” a longtemps épaulé le Pinot Noir, dont il partage la parenté. Plus précoce, il offrait autrefois finesse et rondeur, voire des nuances de fruits blancs, de pomme ou d’aubépine.
- Il couvre moins de 95 hectares, selon le dernier recensement, et survit surtout dans la Côte des Bars (Aube).
- Des maisons comme Pierre Gerbais ou Champagne Ruppert-Leroy proposent des mono-cépages ou assemblages intégrant ce cépage pour sa douceur et sa subtilité crémeuse.
Souvent victime d’arrachages massifs dans les années 1950-1960, il séduit à nouveau quelques artisans-résistants.
Pinot Gris (Fromenteau) : couleur et mémoire
Le Pinot Gris, appelé ici “Fromenteau”, est parfois confondu avec les variétés italiennes ou alsaciennes — à tort. Jadis utilisé dans des vins tranquilles (“vin gris” de Champagne), il apportait richesse et chair à certains assemblages.
Aujourd’hui, moins d’une vingtaine d’hectares demeurent, principalement dans l’Aube. Son usage principal reste discret, même si certains vignerons innovants — comme Bertrand Gautherot (Vouette & Sorbée) — lui redonnent un peu de lumière.